mercredi 28 septembre 2011

En vrac


* Voici une quinzaine de jours que je vis dans une petite commune de Bourgogne entourée d'une rivière. Je suis né à Paris, j'ai migré pour Lyon à ma majorité, et me voici dans un coin où tous les volets de la rue principale sont clos après 18 heures (j'en rajoute à peine). Je pressens que, d'ici cinq à dix ans, j'opterai pour un tunnel sous un désert. Contrairement à ce que pense Philippe Sollers, le maoïste reconverti à Edouard Balladur, la France de la "torpeur des provinces" s'avère bien plus réjouissante que celle des villes et de leurs métros. A noter toutefois que l'exposition de légumes et de fleurs aux pastels dans l'abbaye mériterait quelques gros coups de pinceaux, façon Pollock.


* J'avais parlé il y a quelques mois d'un projet autour des textes de Vladimir Maïakovski (je m'étais notamment rendu en Russie pour cela). M'étant engueulé avec l'éditeur qui devait le publier, je le mets de côté. Il ressortira très certainement un jour, sous une forme ou une autre.


* Et puisqu'on parle de Russie, j'ajoute quelques phrases extraites de deux livres de Sylvain Tesson, parus cette année : Dans les forêts de Sibérie (journal de bord de ses six mois passés en ermite dans une cabane) et Aphorismes dans les herbes (qui, comme son nom l'indique...). Si je ne partage pas toutes les considérations (a)politiques et les approches philosophiques de son auteur - loin s'en faut parfois -, je suis, avec curiosité et estime, le parcours singulier de cet écrivain-voyageur.

"La solitude est une patrie peuplée du souvenir des autres."
"Une fuite, la vie dans les bois ? La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l'habitude donnent à l'élan vital."
"Entre l'envie et le regret, il y a un point qui s'appelle le présent."
"En Russie, la forêt tend ses branches aux naufragés. Les croquants, les bandits, les cœurs purs, les résistants, ceux qui ne supportent d'obéir qu'aux lois non écrites, gagnent les taïgas. Un bois n'a jamais refusé l'asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber."
"Ayant perdu ma femme, je n'ai plus rien à perdre. Le malheur détache les amarres. Le bonheur est une entrave à la sérénité. Heureux, j'avais peur de ne plus l'être."



"Les arbres jettent l'or de leurs feuilles par les fenêtres de l'automne."
"Un vagabond est un homme à flammes."
"Insomnie : tapage nocturne des pensées."
"Mariage : se mettre à deux pour éteindre l'incendie de l'amour."
"Je me suis installé sur une île. A présent, j'attends qu'elle s'en aille."
"J'ai posé ma valise au pied d'une femme qui venait de faire la sienne."
"La désillusion est l'hommage que la lucidité rend à l'imagination."